Généalogie des MaLiBeLe
Les ancêtres ont fait ce que nous sommes. Mieux les connaître, c'est donc mieux nous connaître.
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Voilà la grande erreur de toujours : s'imaginer que les êtres pensent ce qu'ils disent.  (Jacques Lacan )
La réflexion du jour
Se mettre à la place de l’autre est un exercice difficile mais qui apporte des informations. Dommage qu’on ne puisse pas quelquefois abandonner celui qu’on est...
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Lorand

Site personnel de Roland Bouat. Pour les curieux : Lorand est un anagramme de Roland.

 Cabanes

Mon jeu préféré lorsque j’étais enfant, c’était de construire des cabanes de toutes sortes : classiques pour s’y mettre àl’abri, cachée aux regards le long d’un mur pour observer les passants, au bout d’un long chemin (que nous appelions labyrinthe) au milieu des buissons, perchée sur un arbre (mais pas trop par prudence naturelle sans doute) mais presque toujours en bois récupérée (branches et feuillages récupérées), donc faite de bric et de broc. Nous en avions aménagé une dans une grotte, sans doute la plus confortable car notre temps de construction avait été entièrement pris par son aménagement. Nous étions quand même bien loin des cabanes dans les arbres ou des cabanes habitables offertes àla location pour des prix commerciaux qui profitent de l’engouement par ce simili retour àla nature. Autour de nous, il y avait d’autres grottes, beaucoup plus anciennes celles-là, construites en pierres sèches par les bergers d’autrefois. Elles n’étaient plus utilisées et les ronciers les envahissaient peu àpeu. Maintenant, elles tombent en ruines pour la plupart.

 Cantou

Je revois mes grands-parents au cantou... C’est une image que je n’oublierai sans doute jamais. Le cantou, c’est la cheminée, le seul mode de chauffage que nous possédions alors. Le cantou c’est une grande cheminée. Au milieu, il y avait le feu avec la toupine (un récipient en fonte) suspendue àla crémaillère. Devant quelquefois, il y avait la cocotte où mijotait un ragoà»t toujours savoureux. Nous l’allumions le matin : quelquefois, il suffisait de relancer les braises en soufflant doucement. Il faut dire que le soir, nous prenions toujours le temps de recouvrir les dernières braises d’une bonne couche de cendres, couche sous laquelle les braises continuaient de brà»ler mais beaucoup plus doucement pour que le matin, nous ayons une tâche plus facile. De chaque côté du cantou, il y avait des "salières" : c’étaient des bancs qui avaient aussi la particularité d’être aussi des coffres. On y stockait le sel (d’où le nom) àl’abri de l’humidité. Mes grands-parents, dans leurs dernières années passaient beaucoup de temps assis là, méditant sans doute sur le temps qui passe et se remémorant leur vie écoulée.
J’aimais la quiétude et la douce chaleur de ce lieu qui restera toujours pour moi un lieu de tendresse.

 Chasse

Chez nous, sur le causse, la chasse traditionnelle, c’était marcher àla recherche du gibier àdeux ou trois amateurs. La plupart du temps, les chasseurs rentraient bredouilles mais, toujours, ils étaient heureux. Pas de chasse postée, peu de battues donc. Je n’ai jamais aimé la chasse et mon père ne chassait pas. Mais j’aimais les longues balades àtravers les champs des causses, franchir les clôtures, se frayer un chemin àtravers une haie, longer une culture... J’aimais avoir les sens en éveil, àl’écoute du moindre bruit signalant la possible présence d’un animal, en recherche de la moindre trace témoignant du passage plus ou moins récent d’une "bête" comme nous disions alors, humant l’air pour tenter d’y percevoir tels les chiens au flair si développé quelques effluves intéressantes. J’ai aimé entendre le chien aboyer pour signaler qu’il était sur une trace et tenter de retrouver l’animal qui l’avait laissé... J’ai essayé de chasser mais j’étais sans doute plutôt adroit parce qu’au premier tir avec la carabine àair comprimé, j’ai tué immédiatement le premier gibier que j’ai pu aligner avec la mire et le viseur... Je n’ai plus jamais chassé, trop touché par l’écureuil inoffensif qui avait fait les frais de l’humeur carnassière d’un oncle qui voulait m’initier. J’avais une dizaine d’années.

 Chien

Ce ne sont ni des chiens de chasse ni des chiens de garde (ou d’attaque...!) mais des chiens de berger. Pour aider àla conduite du troupeau de brebis, il y a toujours un chien àla ferme. La première s’appelait Brunette mais par la suite, il y a eu Caline, Indie... Ces bergers avaient appris les ordres et obéissaient autant àl’instinct qu’àl’ordre donné en occitan ("Aïci", "dretso", "doussomen", "fa lou tour"...) ou aux gestes de l’apprenti que j’étais. Les brebis meneuses du troupeau connaissaient aussi quelques-uns de nos cris et anticipaient l’intervention des chiens, rendant celle-ci plus calme et moins agressive. J’aime toujours voir des chiens de berger travailler : ils ne quittent pas des yeux les animaux dont ils ont la garde comme s’ils aimaient leur "métier". Cet intérêt vient peut-être de ma toute petite enfance alors que nous habitions une petite maison àl’entrée du centre de dressage des chiens policiers de Gramat. Ils m’ont retrouvé un jour, sur le pont près de la rivière : j’étais partie seul àtrois ans vers le travail de mon père (sans trop savoir où c’était d’ailleurs).

 Collège (CEG)

J’étais plutôt un bon élève mais dans une classe unique, cela n’a pas beaucoup de sens. A 11 ans, j’étais au CFE1 (Cours Fin d’Etude 1ère année). Malgré les demandes des institutrices ou instituteurs, mes parents n’avaient pas souhaité que je parte au collège avant l’âge normal (11 ans).

Le CEG (Collège d’Enseignement Général) est àVayrac, àdouze kilomètres. Maintenant il est nommé collège du Puy-d’Issolu mais àmon époque, il n’avait pas encore de nom. J’étais l’un de ceux qui habitait le plus loin, celui qui venait de là-haut, du causse. Il faut dire que Vayrac est dans la vallée de la Dordogne. Alors, pas de ramassage spécial. Le matin, je prenais le car de la ligne régulière Gramat/Brive vers six heures du matin. Le car s’arrêtait àCarennac (le chauffeur y buvait un café), au pont de Carennac pour prendre deux élèves deTauriac, àBétaille pour livrer la marchande de journaux et nous déposait en fin àquelques centaines de mètres du collège vers sept heures. Une salle était ouverte pour nous dans le préfabriqué des sixièmes (ce bâtiment est maintenant détruit) mais personne pour nous surveiller en attendant le début des cours àneuf heures. Le soir, les cours s’arrêtaient pour tous àdix-sept heures mais notre "car de ligne" ne passait que vers 18h30 : alors, nous attendions encore dans notre salle du matin. Ce temps était pompeusement baptisé "études" mais il n’y avait généralement personne pour nous surveiller. Je rentrais donc àla maison vers dix-neuf heures trente, cinq jours par semaine. Le jeudi, nous restions àla maison.

Et puis, en 1968 (année symbole), j’ai quitté le collège pour partir àl’École Normale et prendre le train pour la première fois (mais ça, c’est une autre histoire).

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