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Une Histoire de confituresamedi 31 décembre 1988
Est-ce que j’aime l’histoire ?
Peut-être que oui ! Peut-être que non !
Pour moi, c’est un peu comme la confiture.
(Souvenez-vous : la culture
c’est comme la confiture
moins on en a
plus on l’étale)
J’aime bien la confiture.
J’aime bien l’étaler.
J’aime encore mieux la déguster
Mais je ne suis pas très fort pour la fabriquer.
Étaler la confiture
La savourer
Ça ne s’apprend pas
Ça se vit
C’est comme ça.
L’histoire que j’aime
C’est aussi ça
De temps en temps, je l’étale.
J’adore la découvrir, la savourer
Mais ça, ça ne s’enseigne pas
C’est ainsi.
Attention, toutes les confitures ne sont pas bonnes
Il y en a de ratées
Pas souvent
Et certaines qui se veulent nouvelles
ne se savourent même pas.
Il en est de même pour l’histoire.
Je ne supporte donc pas l’histoire des révisionnistes
Avec quoi l’ont-ils donc faite ?
Ils ne négligent pourtant pas le suce !
Éduquons donc à l’histoire
Ne nous contentons pas de l’enseigner.
Peut-être la ferons-nous ainsi aimer ?
Peut-être donnerons-nous alors envie de savoir ?
Et donc envie d’apprendre !
N’oublions pas que c’est l’histoire qui fait ce que nous sommes.
Elle peut aussi être violences
compromissions
traîtrises
Mais elle peut aussi être émouvante
fière
éducative…
L’histoire ne devrait donc pas commencer par s’enseigner
Mais par se savourer
Il faut donc éduquer le goût
Et non gaver pour engraisser.
Une tête bien faite
Ça n’est pas une tête trop pleine
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Femme du mondedimanche 17 novembre 1985
Mais où donc l’avait-elle ramassé ?
Manteau fourréLunettes d’écailles teintéesMais où donc l’avait-elle trouvé ?
Ongles rosesDoigts baguésMais pourquoi donc l’avait-elle écrasé ?
Lèvres coloriéesBouche pincéeMais pourquoi l’avait-elle conservé ?
Gestes maniérésPetits pas serrésMais l’avait-elle donc oublié ?
Regard effacéYeux vidésMais au fait l’avait-elle fumé ?
ElleLa nana chiadéeLa femme empruntéeElle tenait entre ses doigts un mégot de brune écrasé
PS : J’ai réellement rencontré cette femme dans le métro, près de la gare d’Austerlitz
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Naissancelundi 26 décembre 1983
Entre, sors, reste, va-t-en, tais-toi, parle.
La maison triste s’égaie. Le brouillard descend.
Les fleurs s’ouvrent. Le soleil cesse de fuir.
Le chant d’un oiseau et le bruissement d’ailes de quelque insecte saisissent le silence devenu sonore.
Je vois ce que je regardais après avoir entendu ce que j’écoutais. Voilà que des odeurs m’enveloppent.
Bientôt, je serai. Je vais cesser de survivre. L’espoir maintient.(à Magnagues) -
Plat au natureldimanche 25 décembre 1983
Des industriels occupés à comptabiliser l’ont faite fuir ailleurs. Des autoroutes d’état partagent d’autres pays.
Pas de lignes droites et un sol sensible. Elle survit et se rend palpable.
La peur de l’usine et la fuite du travail.Le pseudo-goût des paysages et la mode de la campagne.
Ils croient refaire vivre des villages et ne font qu’entraver leur survie. Des hommes s’y accrochent mais la justice citadine les pousse plus loin.
De là-haut, ici s’impose discrètement. Pour l’instant vivant. La peur du célèbre manie les tenailles. Déjà des maisons ne s’éclairent qu’en août. Des masques de crépi "anti-gaspi" fourniront du travail aux pinceaux des archéologues du futur. Fuel et gaz supplantent les bois et s’implantent : ils arrivent seuls et la hache devient inutile. Les fermes agonisent... ou écrasent. Qu’est-ce qu’une grande d’entre elles ? L’espace ? Que nenni. La gestion de cet espace prime tout. Hors-sol est vainqueur. L’animal blanc et notre goût insipide ont vaincu. Qui sait encore apprécier une viande à mâcher ? Pas nos croquants citadins, croque-morts des ruraux. Ne comptent plus que le bifsteak frite du snack et le pain blanc de farine enragée. Les fours s’embuissonnent, se lézardent deux fois et s’écroulent : l’élevage industriel manque de place.
Là-haut Magnagues reste apparemment en vie mais déjà les façades s’encrépissent de jaune ou de rose. Le causse devient de jour en jour impénétrable. L’expert y habite. Il y est né mais on y a un si beau point de vue... ! Je n"y suis plus qu’un touriste pourtant j’y suis né.(à Magnagues) -
Sicob 83jeudi 22 septembre 1983
Des cravates en costard et des machines à vendre par des corps de femmes
Si vous ne croyez pas à l’informatique,
N’allez pas au SICOB. Qu’y feriez-vous ?
Mais si vous y croyez
Alors, faut y aller
Pas pour le matériel
Pas pour les machines
Même pas pour les logiciels
Mais pour les gens
Pas pour les personnes qui présentent, exposent et proposent
Pas pour les corps de femmes
Pas pour la cravate assortie pour permettre aux hommes de vendre
Mais pour les visiteurs
Pas pour ceux qui achètent
Pas pour les spécialistes qui causent
Même pas pour les amateurs éclairés
Non
Seulement pour ceux qui frolent quelques touches d’un doigts discret
Pour ceux qui fuient vite devant cet écran qui bouge et qui danse
Ils essaieront sans doute à nouveau
Ils parviendront peut-être, avec une aide,
A entrer dans un programme
A s’en servir
La machine les avalera
Subjugués
Il faudra que contenu d’un costard endimanché les vire
Ils repartiront
Les yeux brillants
Les pupilles dilatées
En admiration devant cette machine
Si intelligente
Si capable
Ce sont des consommateurs
Hypnotisés
Ignorants
Ils ne se posent pas les bonnes questions
Mais ils tiendront leur discours
Ils sont déjà fanas
Et deviendront sans doute intégristes
Il faut avoir peur de la distance sociale
de leurs différences de costumes
Il faut avoir peur de ces futurs inconditionnels
Indifférents au sort du monde
Il faut avoir peur de l’informatique
Mais
Pour eux comme pour moi
Je veux "faire de l’informatique"
Pas n’importe laquelle
Pour celle qui permet de dominer la machine
Pour celle qui permet à l’homme de rester humain
Je vote pour les déjà esclaves
Je votre contre les déjà maîtres ordinateurs -
Une vie ordinairelundi 11 juillet 1983
Un grain de sable a rencontré un grain de sable
Ils décident d’être un tas de sable
Un autre grain de sable
Est venu compléter le tas de sable
Il était suivi d’autres grains de sable
Eux-mêmes étaient aussi suivis d’autres grains de sable
Le tas de sable en grains de sable
Devient palpable
Des grains de sable
Continuent à investir la place
Un grain de sable
Celui qui a le vertige
Dégringole
Un gros grain de sable
Un costaud
Ne lui laisse pas la place
La pluie de grains de sable
Remet l’ordre
Et les cache tous deux
Sous d’autres grains de sable
Le tas de sable grandit
L’horizon recule
Presque à la vitesse de la lumière qui naît
Des grains de sable
profitent de leur position
Provisoire
Et admirent le paysage
Avant de remplir leur rôle
Un grain de sable
En effet
Se doit de porter et supporter
ses frères et soeurs grains de sable
Pour faire une pyramide
Conique
La vie du tas de grains de sable
Se calme
Se stabilise
Les plus légers s’installent
Là où le regard voit
Les plus lourds
Sont-ils aveugles pour autant
Sont-ils paresseux
Roulent au bas
Du tas de sable
Ils font la sieste
Près de l’herbe tendre
Quelques grains de sable
Timides
Se cachent
Entre les planches
Les grains de sable sportifs
Sous la pyramide
Ouvrent leurs oreilles
Et écoutent les nouvelles
De leurs frères et sœurs
De leurs cousins et cousines
Des autres grains de sable
Le tas de grains de sable
Vit
EnfinA Magnagues -
Bonjour, petit frèremardi 27 octobre 1981
Tu te croyais peinard.
Mais cette " bande de conards ",
Comme tu dis, trop bavard,
Tire sur toi, ex-veinard.Comment ça va, petit frère ?
Tu découvres cette année
Cette chose que l’on appelle armée ;
Cette chose dirigée par des engagés
Qui préfèrent se coucher devant les gradés.Courage, petit frère.
Enfin, assez parlé de fierté
Bientôt, tu vas pouvoir bosser
Mais elle t’aura quand même baisé,
Cette putain qu’on appelle armée.Bientôt dans ta ferme, petit frère.
Cette force militaire qui pourrait vivre désarmée
Mais que l’on maintient armée
Sait très bien que les jeunes faciles à malléer
Seront sur l’enclume bien vite ferforgés.La vie t’attend, petit frère.
Toute ta vie.
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